Babar, Brahms et Brio

4 juin 2026

À l’occasion de ses 5 ans, le Vevey Spring Classic a accordé une interview au magazine Scènes.

Et si le classique se vivait comme un concert pop ? A Vevey, c’est le pari du « Vevey Spring Classic ». Du 6 au 12 mai, le festival célèbre ses 5 ans entre héritage musical, découverte et esprit de partage. Rencontre avec le chef Wilson Hermanto, co-directeur artistique (extraits).


Si vous deviez résumer cette édition du Vevey Spring Classic en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?

« 5 ans déjà ! » Nous arrivons maintenant à un point clef de notre histoire. Le projet s’est développé, progressivement, en lien avec les institutions locales. Le Concours International de piano Clara Haskil est notre partenaire depuis le début. Le Musée Jenisch nous accueille, le Conservatoire de Montreux-Vevey-Riviera et la Haute Ecole de musique de Lausanne nous envoient des étudiants de mastersoliste.

Y a-t-il un concert ou un moment que vous attendez personnellement avec impatience ?

Question redoutable… impossible de choisir ! Chaque moment est une promesse. Mais certains temps forts me font particulièrement vibrer. Nous rendons hommage à des figures liées à Vevey, comme Oskar Kokoschka ou Clara Haskil, des rendez-vous chargés d’émotion. Je me réjouis aussi énormément du concert du 5e anniversaire : Nous y mettons à l’honneur des compositeurs qu’on n’associe pas spontanément à la Suisse, et pourtant… Brahms, amoureux des paysages de Thoune, Tchaïkovsky, qui a séjourné à Clarens, ou encore Liszt avec ses « Années de pèlerinage » dédiées à la Suisse. Et pour finir en beauté, nous offrirons un grand concert gratuit, ouvert à toutes et tous, avec Beethoven, Richard Strauss et Mozart, un moment de partage lumineux.

Comment décririez-vous l’ambiance du festival à quelqu’un qui n’y est jamais allé ?

Conviviale et informelle : On vient comme on est, sans frac ni codes figés, comme pour un concert pop ou rock. Les jeunes fuient les rendez-vous guindés et les ambiances strictes. Si l’on ne prend pas cela en compte, on risque de les perdre. L’important, c’est une belle musique partagée, ensemble.

En quoi Vevey influence-t-elle l’esprit du festival ? Je pense à sa tradition culturelle, son cadre, le public local.

Vevey est une des villes majeures de Suisse en termes de tradition musicale. Saint-Saëns et Paderewski ont donné ensemble un concert mémorable, en 1913. Rappelez-vous que Gounod a composé son « Faust » à l’« Hôtel des Trois Couronnes ». Mais plutôt que de se complaire dans ce passé prestigieux, la ville s’en sert aujourd’hui comme tremplin pour animer une vie culturelle dynamique.

Comment parvenez-vous à ménager une place à la découverte et à la prise de risque dans votre programmation ? On y remarque des œuvres rares, des créations contemporaines, des formats originaux… Je pense notamment aux concerts de midi des 6 et 7 mai, ainsi qu’au concert familial du 9 mai. Vous y proposez L’Histoire de Babar de Francis Poulenc. N’avez-vous pas peur de vous heurter à certains préjugés ?

Mais « Babar » est une grande œuvre ! Et si mes interlocuteurs n’en ont pas conscience, alors, comme pour toute partition, j’explique, je réponds aux questions, je partage ma passion et mes émotions. Convaincre, fait aussi partie de mon rôle.

A qui ressemblera le Vevey Spring Classic de demain ? Plus international, plus audacieux, plus innovant ?

Le Vevey Spring Classic de demain restera avant tout fidèle à sa mission : accompagner et révéler les jeunes talents. Le mentorat et le soutien aux artistes émergents en sont le cœur battant. Cette année, par exemple, la violoniste Veronika Eberle rejoint cette aventure. A chaque édition, nous tenons à réunir une véritable « équipe de prodiges ». Ils incarnent l’avenir du festival. En parallèle, nous invitons aussi des artistes confirmés comme Francesco Piemontesi ou Pierre Génisson, créant un équilibre stimulant entre expérience et nouvelle génération.

Propos recueillis par Pierre Jaquet